Ce sont les Yummies : Young Urban orthodox professionnal Muslims ; formules que j’ai utilisé dans des conférences de l’Université de tous les savoirs ou dans un rapport de l’Open Society Institute. Qui sont-ils ? La classe moyenne européenne musulmane émergente se sent encore de forts liens avec les pays d’origine de leurs parents (sous continent indien, Turquie, Maghreb, Afrique). Cependant ils s’en sont largement affranchis politiquement et intellectuellement faisant la synthèse d’une double culture européenne et musulmane. Voici le profil de cette classe moyenne musulmane émergeante : croyants, urbains, cultivés, inscrits dans des parcours professionnels ascendant ou réussis du secteur public (médecins, enseignants, fonction publique), du domaine privé (entrepreneurs, salariés d’entreprises, professions libérales) ou du monde intellectuel (chercheurs, écrivains, artistes). Ils sont souvent les fers de lance d’un « islamic business » où le gain, qui n’est plus un tabou, converge avec des valeurs musulmanes. Cet islamic business basé sur la restauration strictement halal (fidèle aux préceptes de l’islam), le textile (marques de street wear islamic : Marques Saouli en Belgique ou da’wa wear) ou la téléphonie est en plein essor. Ils ont investis également le monde de la finance (banques, courtage, consulting) et contribuent avec des sociétés de gestion de patrimoine, ou des banques à fournir des services fidèles aux critères islamiques : prêt sans intérêt, refus de l’usure citons HSBC, la banque Islamic de Londres ou la Faisal Private banque à Genève. Ce marché du Halal (nourriture, littérature, arts, finance) augmente chaque année en Europe. Il est estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros annuels. L’usage immodéré des nouvelles technologies (NTIC, radio, presse) leur élabore de nouveaux carrefours d’une communauté virtuelle : la « néo-oumma ». Ils sont les porteurs culturels de la « Hallal Attitude » émergeante.

Marqueur identitaire incriminant et discriminant : « les Yummies » fer de lance du Hallal ?

« Pour moi la sunna ou le hallal (le licite), c’est du pareil au même, ce qui est hallal est conforme à la sunna (tradition du prophète Muhammad Bsl), que ce soit ce que l’on dit, ce que l’on pense ou ce que l’on fait. C’est logique que la sunna confirme la hallal et inversement, où est le problème ? Par exemple, je dis m’habiller sunna mais avec des fringues « hallal » car je pensais aux bienfaits des prières et de suivre la sunna : la barbe, vêtement et j’envoyais ballader des coreligionnaires qui me faisaient des reproches sur ma tenue (islamique). Pour moi, dans ce pays de laisser aller, ce qui est pas haram est hallal et inversement». Cette citation, on la doit à un jeune ingénieur d’une grande entreprise en région parisienne. On note bien ici la « pan hallalité » (généraliser le hallal à toute chose sans exception) de la norme islamique revue et corrigée sous influence d’un consumérisme de bon aloi et d’idéologie ultra-orthodoxe qui ont donné le ton. Le mixte conceptuel fait entre la sunna religieuse et les éléments de la notion de hallal culturel ont abouti à ce syncrétisme entre hallal comme part du culte, hallal comme part de la culture et enfin, hallal comme « marqueur politique » (je consomme hallal non par conviction religieuse mais par conviction politique).

« Vivre Hallal » est devenu un mode de vie et un marqueur identitaire sociologique et politique fort. Une conscientisation se fait par le biais de cette question accaparée par les débats médiatiques et politiques de la présidentielle. Si le hallal est la « priorité des français » et que les leaders politiques de ce pays s’emparent de cette question, c’est simplement que la crispation révèle l’intégration politique des « nouveaux français » (selon l’expression d’Amel Bent) dans le débats sociaux de la France et c’est un bonne nouvelle. La visibilité par le truchement du hallal, valide le fait de la naissance d’un groupe électoral, fragile certes mais d’une groupe malgré tout. Le hallal va-t-il rejoindre peu à peu le panthéon des milliers de fromage française, de ses vins et de sa gastronomie ? Tout pousse à la croire : la croissance du marché du Hallal en France et dans le monde, la convergence entre Hallal, bio et grande distribution. Pour information, le dernier né des restaurants hallal de Paris dans le 17ème arrondissement est un restaurant gastronomique de cuisine strictement française mais 100% hallal. Que demande le peuple ?

Conclusion provisoire :

L’option xénophobe surfant sur la peur de l’Autre qui n’est que l’expression du vide de ces valeurs partagées en crise. On y cultive l’anxiété sécuritaire post moderne qui hante des dirigeants politiques du monde juste contre l’axe du mal à la recherche d’un ennemi commun qui était, il n’y a pas si longtemps le juif honni ; la « hallal attitude » est vue dans ce cas come le cheval de Troie de la République et celui du monde occidental. La seconde option est celle du rétablissement d’une relation de confiance entre la République et l’ensemble de ses citoyens. Notre pays a la parfaite légitimité d’assurer l’ordre public et sa propre sécurité mais il doit en même temps réagir rapidement à ces appels irrationnels et passionnel en fonde de crise qui sont un message politique de ceux qui désespèrent de leur adhésion à la Nation quelque soit ce qui est dans leur assiette. La France est elle Hallal ? Oui, il y a fait si bon vivre ; si les musulmans « afro french » ne le pensaient pas ils n’y seraient pas si fortement attachés. Vivre le cacher, le bio, le végétarien, le brie de Meaux, le bergamottes de Nancy, les ravioles de Royan, vive la Hallal, vive La France !