« La première cause du chômage, de la désespérance, de la violence dans les banlieues, ce n’est pas la crise économique, ce ne sont pas les discriminations, ce n’est pas l’échec de l’école. La première cause du désespoir dans les quartiers, c’est le trafic de drogue, la loi des bandes, la dictature de la peur et la démission de la République » .
Nicolas Sarkosy – Samedi 19 novembre 2005

« Il faut éviter certains amalgames (…) Une majorité des populations de ces quartiers ne veut pas être stigmatisée (…) Les habitants ne veulent pas que leur quartier soit frappé du sceau de l’infamie », mettant en garde contre la recherche d’une « cause unique » à la colère des banlieues. « Je crois au rassemblement, pas à la suspicion, à la recherche de responsables ».
Dominique de Villepin – Vendredi 18 novembre 2005

« Mon Dieu (…) Comment veut-on guérir le mal si l’on ne sonde pas les plaies. Voici donc ces faits : Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtements, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes (…)Et, messieurs, je ne m’adresse pas seulement à votre générosité, je m’adresse à ce qu’il y a de plus sérieux dans le sentiment politique d’une assemblée de législateurs ! Et à ce sujet, un dernier mot : je terminerai là. Messieurs,(…) vous venez avec le concours de la garde nationale, de l’armée et de toutes les forces vives du pays, vous venez de raffermir l’Etat ébranlé encore une fois. Vous n’avez reculé devant aucun péril, vous n’avez hésité devant aucun devoir. Vous avez sauvé la société régulière, le gouvernement légal, les institutions, la paix publique, la civilisation même. Vous avez fait une chose considérable… Eh bien ! Vous n’avez rien fait ! Vous n’avez rien fait tant qu’il y a au dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n’avez rien fait, tant que l’esprit de révolution a pour auxiliaire la souffrance publique ! Vous n’avez rien fait, rien fait, tant que dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, qui se continue souterrainement, l’homme méchant a pour collaborateur fatal l’homme malheureux ! »
Victor Hugo, « De la misère » – 9 Juillet 1849

I- L’origine factuelle des violences urbaines en France et leurs conséquences :

Comme ce fut le cas dans plusieurs cas d’émeutes en banlieues, c’est la mort de jeunes adolescents d’un quartier qui est l’élément déclencheur des violences. Christian Bachman et Nicole le Guennec reviennent sur ce stéréotype de la violence initiale qui met en conflit la jeunesse d’un quartier avec la police à l’origine d’une bavure ou d’un crime raciste dans leur ouvrage sur une émeute à Melun en 1993.

Tout a commencé en ce jour du jeudi 27 novembre avec le décès de deux adolescents, Ziad Benna (17 ans), Bouna Traoré (15 ans), deux jeunes originaires de Clichy-sous-Bois (93). Poursuivis par une patrouille de police probablement en vue d’un contrôle, les deux jeunes accompagnés d’un autre acolyte se sont réfugiés dans un transformateur EDF avant de mourir par électrocution dans l’enceinte de ce poste électrique. Leur acolyte, Muhttin Altun (17 ans), a été également blessé, souffrant de multiples brûlures, il est toujours hospitalisé. Dès le lendemain, on a évoqué sans hésitation, en haut lieu, une tentative de cambriolage, mais les adolescents en question n’avaient rien à voir avec cette affaire véritable qui s’est jouée par ailleurs dans une commune voisine (Livry -Gargan). Une plainte a été déposée par les familles des victimes. Ces familles ont refusé de rencontrer le Ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkosy avant d’être reçues cependant par le premier Ministre Dominique de Villepin. Une enquête est en cours. Des confrontations entre des habitants de Clichy sous Bois et les sapeurs-pompiers de Paris et des forces de l’ordre eurent alors lieu avant d’être atténué par des acteurs locaux (Kader « on a tout fait pour calmer le jeunes après la mort des 2 jeunes électrocutés et ça a marché car on les connait bien et qu’ils nous respectent » ; Samir « ça se passait bien, y a eu une marche silencieuse »). Mais, le lancement d’une bombe lacrymogène, quelques jours plus tard par les forces de l’ordre à proximité de la mosquée de Clichy-sous-Bois a remis le feu aux poudres et envenimé la situation, et ce, en pleine en période de mois de jeûne de Ramadan pour la communauté musulmane.

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Les violences ont donc commencé à Clichy-sous-Bois avant de se répandre dans un grand nombre de villes à travers toute la France. L’état d’urgence a été décrété le 8 novembre 2005, puis prolongé pour une durée de 3 mois par un vote à l’Assemblé nationale. De Clichy à Montfermeil au département de Seine St Denis, avant de toucher toute la France (Lille, Strasbourg, Lyon, Marseille, Toulouse) les événements ont fait au moins 3 morts, des dizaines de blessés avec plus de 300 communes touchées par ces violences. Côté matériel, 9.071 véhicules (bus, voitures, motos, cyclomoteurs) ont été brûlés ou détérioré avec un pic la nuit du 6 au 7 novembre. Ces violences sont été estimées à environ 200 millions d’euros (sources assurances FFSA), dont 20 millions uniquement pour les véhiculés incendiés. 2.900 personnes auraient été arrêtées, au moins 590 ont été écrouées, parmi lesquelles on compterait 107 mineurs (sources ministères de la justice). 375 majeurs auraient été condamnés à des peines d’emprisonnement ferme tandis que cinq policiers ont été mis en examen pour des violences commises sur un jeune. L’un d’eux a été écroué avant d’être remis en liberté après l’intervention du syndicat de la police nationale. En tout, ce serait 11.200 policiers et gendarmes qui auraient été déployés sur l’ensemble du territoire national.

II- L’enjeu de la nomination des faits :

Emeutes, rébellions, jacqueries ou poussée de fièvre nihiliste et culturelle ? « Toute tentative des pauvres modernes pour organiser le débat sur le monde commence par des émeutes : 1848, 1871, 1917, 1968, 1978 » ; En effet, depuis le 14ème siècle le royaume de la France d’ancien régime, a été secoué périodiquement par des insurrections paysannes, les franges les plus pauvres de sa population. Le premier soulèvement de ce type a été dirigé par Jacques Bonhomme lors de la fête- Dieu en mars 1358. Etienne Marcel est également un personnage dont le nom, immortalisé par une station du métropolitain parisien, reste rattaché à cette même révolte populaire. Ces types de révoltes paysannes et populaires vont se multiplier à travers l’histoire de France : en 1789 et 1968 et puis à partir des années 1980, dans les sites urbains paupérisés ou en voie de paupérisation que l’on a appelé d’un commun accord entre journalistes, personnages politiques et chercheurs : les banlieues. Ce terme désignait déjà jadis, au Moyen-Âge, le lieu mis au ban, c’est–dire le lieu de l’ostracisme et de l’exclusion des communautés villageoises. Pour définir avec des termes non connotés (tels que vandales, casseurs…) ces phénomènes de violence, rappelons quelques définitions utiles : l’émeute est un mouvement populaire, spontané et non organisé qui a pour origine une émotion collective partagée. L’insurrection est un soulèvement ou une révolte qui vise à renverser le pouvoir en place. Enfin, la révolution est un changement brusque, important et profond de l’ordre social, moral ou politique d’une société. De ces 3 définitions, les termes de « jacqueries » comme mouvement issue des franges les plus défavorisées contre une injustice et celui « d’émeute » qui insiste sur le caractère populaire, non organisé et spontané semblent correspondre aux réalités à décrire. Malgré les tentatives médiatiques ou politiques pour montrer le visage barbare et effrayant de ces violences depuis 15 ans, (« sauvageons », « racaille ») le recul historique nous montre qu’il n’en est rien est que c’est comme toujours une réaction politique traditionnelle bien française face à des injustices vécues et répétées par des couches n’ayant que peu ou pas de représentativité politique.

Ainsi, en 1968, on a compté au moment des émeutes étudiantes : 1 500 manifestants appréhendés et conduits à Vincennes pour vérification d’identité (à 8 heures, 64 d’entre eux étaient gardés pour délits divers) ; 72 blessés parmi le service d’ordre ; 72 barricades élevées un peu partout ;7 voitures endommagées ou détruites ; 10 véhicules de police (1 moto, 8 cars et 1 voiture légère) saccagés ; 5 commissariats de police (Goutte-d’Or, Batignolles, Saint-Thomas-d’Aquin, Clignancourt, Gaîté) attaqués ; 25 arbres abattus ; 7 lampadaires détruits ; des panneaux de signalisation brisés et de nombreux panneaux électoraux brûlés ; 300 sorties de sapeurs-pompiers ; 24 vitrines saccagées dans le quartier de la gare du Nord ; ce bilan fut établi (sources Préfecture de police de Paris) lors d’émeutes spontanées dans la seule nuit du mardi 11 au mercredi 12 juin 1968 lors de la manifestation à la gare de l’Est, l’état d’urgence et le couvre feu n’avaient alors pas été décrétés…Les émeutes de 2005 ont quant à elles fait déterrer la loi de 1955 afin d’instaurer le couvre feu dans ces banlieues avec un écho et un malaise particulier quand on sait que cette loi fut imposée aux indigènes pendant la guerre en Algérie et qu’elle l’ait aujourd’hui pour une majorité de leurs enfants ou petits enfants citoyens bien français.

Les classes laborieuses et dangereuses de Louis Chevalier ont un nouveau visage, celui d’une jeunesse de banlieue fraîchement française mais originaire des anciennes colonies et qui a le sentiment profond de subir brimades, vexations quotidiennes par le biais de discriminations à l’emploi, au logement, aux loisirs (boite de nuit, sorties) ou à la libre circulation (contrôles policiers systématiques au faciès). Des faiseurs d’opinions n’ont pas manqué de fustiger les fausses raisons de cette flambée de violence : discriminations, exclusion, chômage…Le philosophe Alain Finkelkraut nous dit à propos de cette insurrection que l’importance du critère de la couleur de peau des ceux « qui mettent le feux » dans l’analyse des évènements est significative. En effet, ces « révoltants révoltés» qui sont arabes ou noirs ne cherchent qu’à exprimer leur haine de la République et de l’Occident. La poussée islamiste qui «sous-tend » ces émeutes est flagrante pour le philosophe qui culturalise et essentialise le débat. La rhétorique alarmiste reprenant à son compte le choc imminent des civilisations dans nos banlieues est simpliste, irresponsable voire dangereux. Nommer également les faits en évoquant le poids central de l’immigration, de la polygamie et des bandes organisées dans les violences n’est pas plus sérieux émanant de membres éminents du gouvernement, ce qui est indigne, irresponsable voire suspect de la part des représentants des citoyens.

III – Les causes du malaise français en banlieues : des mécanismes d’inclusion défaillants entre haine des autres et haine de soi :

La ségrégation ethnique et spatiale est devenue une assignation à résidence au sens propre comme au sens figuré : on est ainsi passe de l’indigène à l’immigré laborieux et à ses enfants. Les larges franges d’immigrés venus de tout horizon en France pendant les trente glorieuses ont été installées précipitamment dans des bidonvilles à la périphérie des villes voire dans les grandes agglomérations dans les années 1950-60 (Nanterre, Belleville…). Par le biais du regroupement familial, de nombreuses familles ont pu acquérir un logement décent dans ces « grands ensembles », ces cités de travailleurs qui, à l’époque, étaient un luxe. La crise de 1973, le chômage galopant ont fait fuir nombre d’habitants vers des villes plus pourvoyeuses d’emploi, laissant sur place les populations les plus pauvres incapables de quitter les lieux. Une spirale infernale se met en place avec chômage, confinement de populations dans des appartement trop exigus, détérioration du bâti, démission des bailleurs pour la réfection de ces immeuble à taille inhumaine ; l’échec scolaire et professionnel prévisibles de enfants de ces banlieues dans ces zones bientôt stigmatisées par les premières émeutes en 1980 dans la région de Lyon feront le reste. Quarante années de gestion du bâti en France depuis la seconde guerre mondiale ont laissé derrière elle un panorama socio-économique déplorable.

L’explication de la crise des émeutes en banlieues par l’immigration marque le malaise de la France qui n’a pas si inclure ses concitoyens issus des pays non européens. L’inégalité de traitement au regard du travail, du logement ou de l’accès à la culture est flagrante pour les populations immigrés ou de parents immigrés dans les banlieues. La souffrance faite à ces individus qui sont résumés sous des étiquettes dévalorisantes : « français issus de… », « seconde, troisième génération »…De plus, l’image médiatique négative (délinquance, chômage, insécurité, incivilité…) de leur quartier ajoutée au délit de faciès, le délit d’adresse, le délit des origines ou les trois cumulés sont autant de souffrances qui construisent une image de soi négative avec comme corollaire la violence envers soi ou les autres. La pauvreté est le lien commun à ces populations de banlieues issues de France ou d’une immigration non européenne. L’accumulation de ces stigmates devient une source de haine de soi et de haine de la République et ses sbires (école, police, justice) vue comme la mère de tous les maux.

Ces personnes déniées par le regard de l’Autre réclament souvent à corps et à cris l’égalité, la reconnaissance et la non discrimination avec un droit à la différence (en tant qu’originaires d’Afrique, de la religion musulmane …). La fragmentation de l’identité nationale sous les coups de butoir de la mondialisation et de l’européanisation à marche forcée déstabilise l’identité française républicaine centralisée. Selon Emmanuel Todd , dans son ouvrage intitulé « le destin des immigrés », l’idéologie du droit à la différence dans une société française universaliste est irrévocablement vouée à l’échec.
Evoquant ce « différentialiste bienveillant mais nocif », il reconnaît cependant que le monde des élites (hauts fonctionnaires, politiques, journalistes, universitaires) « n’arrive pas à accoucher d’une doctrine claire de l’assimilation et où le mot intégration, vide de sens » continue de se voir utiliser à tort et à travers. Selon lui, le débat sur l’immigration se résume à celui entre ségrégationnistes qui militent pour l’enclavement spatial des nouveaux citoyens et les assimilationnistes qui militent pour l’absorption de ces derniers dans le creuset français des « derniers convives » étrangers et leurs enfants à la table de la République comme le dit joliment Ahmed Boubeker.

Au delà de l’immigration et des problèmes qu’elle suscite au regard de la légitimation et de la transmission de cette mémoire particulière faite de traumatismes et de non dits, la France est devenue malade de ses idéaux. Ces derniers sont volontiers déclamés généreusement de manière incantatoire et mécanique par des politiciens arrivistes mais sans qu’une application égalitaire de ces principes soit sensible. « Liberté, égalité fraternité » est devenue une formule virtuelle, vide de sens pour le peuple des banlieues qui crie au racisme institutionnel (école, police, justice). Cette formule censée souder la communauté nationale des citoyens est en faillite. Pour comprendre en partie l’embrasement des banlieues, il faut dire que le républicanisme d’Etat devenu largement abstrait et mythologique construit chaque jour de l’exclusion crée au nom de la non exclusion de ses idéaux universalistes. La ségrégation ethnique et spatiale, la sur délinquance, le déficit d’installations sanitaires éducatives, administratives ou de loisirs, le chômage sont autant de fléaux qui ne justifient absolument pas les violences contres les biens collectifs ou des particuliers mais permettent de saisir la réalité du vécu, notamment à Clichy sous bois où nous sommes allez rencontrer des habitants du quartier de la Glacière, à deux pas de Montfermeil. C’est le quart monde aux portes de Paris.

L’école, première instance de socialisation, est devenue source de discriminations institutionnalis ée par une carte scolaire inique qui pénalise les familles les plus pauvres, notamment par la loi de sectorisation des collèges qui indexe le lieu de scolarité des jeunes avec leur quartier d’habitation. Un rapport de Marco Oberti remis au Ministère de l’Education Nationale en 2004 définit précisément cette ségrégation urbaine et scolaire dans l’Ouest parisien pour tracer les contours de cette « école publique de la périphérie » selon l’expression d’Agnès van Zanten. De l’échec scolaire à l’échec profession nel, il n’y a qu’un pas vite franchi. Stigmatisé par des quartiers pauvres que les médias n’ont cessé de vilipender par le risque islamiste en arrière fond de violence fondamentaliste attribué à des musulmans radicaux qui existent bel et bien par ailleurs. C’est le règne de la peur ; et les postulants au marché de l’emploi issus de ces quartiers disqualifiés comme les nomment si bien Castel sont répertoriés de manière caricaturale par l’opinion publique comme « sauvageons » « ou agents dormants » islamistes potentiels. Le monde de l’emploi est devenu ainsi le premier pourvoyeur de discrimination, après l’école, à leur encontre : le taux de chômage des étrangers non européens est trois fois plus élevé que chez les français (29,3% contre 9,8%) ; le taux de chômage chez les jeunes français de 22 à 29 ans et de parents algériens est de 42% contre 11% pour des jeunes français de parents français. Les chiffres parlent d’eux -mêmes. Une discrimination à raison des origines sociales ou culturelles de leurs habitants et l’absence flagrante de mixité de classe se fait donc jour dans le plupart des sites urbains qui se sont enflammés sous les caméras du monde entier. Ces espaces urbains confinés, véritables ghettos républicains qui concentrent les taux les plus élevés d’urgence sociale (taux de chômage, taux de familles monoparentales, taux de bénéficiaires des politiques d’assistance publique) sont des entonnoirs pour les trajectoires sociales de plus démunis. La description des cloaques d’Ile de France ou de Lille visités par le député Victor Hugo n’a pas changé depuis 160 ans. La France contemporaine a découvert, abasourdie, sur tous ses médias une jeunesse sans voix, sans mémoire, ni parole qui brûle injustement avec une « violence autodestructrice et sans objet nous » dit François Dubet les biens de consommations d’autrui par le feu sacrificiel comme jadis l’inquisition le faisait de ses hérétiques indésirables.
Comme le disait Aristote, « il est parfaitement injuste de traiter également des êtres inégaux » ; aussi, la piste de la « discrimination positive » (ou action positive, ou politique inclusive) se fraye peu à peu un chemin dans les consciences avec l’un de ses meilleurs défenseurs Yasid Sabeg auteur d’un ouvrage sur ce sujet. Alors qu’une politique insidieuse des quotas existe déjà bel et bien dans les entreprises et pour les bailleurs de logements, une politique positive pour une meilleure égalité des chances existe déjà et le mot « quotas » qui fait si peur à l’opinion publique et aux décideurs politiques l’est aussi.

L’inscription d’une politique inclusive au bénéfice des femmes dans le code du travail et la loi de parité dans les partis politiques, le quota de 6% d’employés handicapés imposé aux entreprises. Michel Miné, professeur de Droit Public à Cergy Pontoise conclue « que le marché de l’emploi produit naturellement des discriminations, certaines sont tellement fortes que, sans politiques correctives, la situation risque de ne pas changer avant longtemps ». Le problème de la discrimination à l’emploi est un phénomène flagrant selon l’Institut de recherche économique est sociale, le Haut conseil à l’Intégration, et la Ligue des Droits de l’Homme dans leur s derniers rapports respectifs. La création timide d’une haute autorité contre toutes les formes de dis criminations, à la tête de laquelle se trouve Louis Schweitzer, doit montrer rapidement ses prérogatives et son efficacité.

Conclusion

La crise de participation et de représentation qui touche les sociétés occidentales est profonde particulièrement en France où un divorce s’est fait jour entre les représentants politiques et les citoyens depuis au moins une décennie. Lepen au deuxième tour des instances politiques délégitimées par nombres de scandales ces dix dernières années, un référendum sanction sur la constitution.

européenne au printemps dernier défiant toute la classe politique…tous ces élément en disent long sur l’écart qui s’est creusé entre l’opinion et ses dirigeants, et les citoyens de banlieues ne font pas exception. C’est l’évènement annoncé de « l’ère du vide », un essai sur l’individualisme contemporain où Gilles Lipovetsky évoque l’indifférence et le narcissisme comme cristallisation de notre époque tournée sur l’ego et ayant perdu la croyance en ses mythes structurants. Son analyse est très intéressante pour circonscrire et lire cette flambée de violence. Les émeutes de ces quartiers en déshérence ne sont pas une terra incongnita mais la France d’en bas qui se rebelle de manière violente contre une succession d’injustices et de représentations stigmatisantes dont elle fait l’objet depuis au moins deux décennies. Dans les nouveaux radicalismes (religieux, sexistes, régionalistes…) ou la violence juvénile, l’auteur y voit d’ailleurs l’affirmation de l’individualisme exacerbé et autonomisé des organisations classiques de socialisation (familles, religions, syndicats, partis politiques…). C’est l’âge de « l’hédonisme communicationnel » (« on a brûlé, on a eu TF1, on existe ») qui favorise l’hyper-réalisme et l’amnésie du présent. La volonté d’être entendu, reconnu et protégé par les dirigeants politiques distant et hautains vis-à-vis des gens de peu est la base du nouveau leitmotiv contemporain de revendication d’une jeunesse dont le porte drapeau et l’ennui et le désespoir. Le « chacun chez soi » avec sa petite famille, sa petite voiture, sa petite vie est la chose la mieux partagée même parmi les désir de cette jeunesse hargneuse qui a cru aux idéaux républicains avant de vite déchanter. Dans son ouvrage sur la société de consommation , Baudrillard nous dit sans détour que « la consommation est devenue la morale de notre monde » pendant que Touraine conclue que m’individu se défini aujourd’hui par « je consomme donc je suis ». La France est dorénavant prise entre deux feux qu’elle a elle-même allumé : celui de l’option xénophobe qui gagne du terrain en surfant sur la peur de l’Autre qui n’est que l’expression du vide de ces valeurs partagées en crise. La seconde option est celle de l’anxiété sécuritaire post moderne qui hante les dirigeants politiques nationaux ou internationaux de notre monde dorénavant multipolaire à la recherche d’un ennemi commun qui était, il n’y pas si longtemps le juif honni. Le rétablissement d’un relation de confiance entre la République avec l’ensemble des citoyens de ces quartiers disqualifiés est est une urgence collective. Notre pays a la parfaite légitimité d’assurer l’ordre public et sa propre sécurité mais il doit en même temps réagir rapidement à ces appels irrationnels, revendicatifs qui sont un message politique de ceux qui désespèrent de leur adhésion à la Nation.

 

Moussa Khedimellah